Butterfly Therapy or Apocalypse Rising | Aurore

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Jahël
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Jahël
Dim 15 Sep 2019, 08:27
Butterfly Therapy or Apocalypse Rising


Quand Hasard est synonyme d'Horreur


- An 1577 MOIS 1 -



Les choses sont devenues un peu étrange à Irianeth depuis quelques mois. Pour le commun des mortels, cela n’était point étonnant. Pour Jahël par contre… beaucoup plus. Il ne comprenait pas la réaction de l’Empereur. Sa femme était morte. Son fils avait failli se faire tuer par la même occasion. Pas de quoi en faire tout un drame !
Oui, c’était ainsi que notre petit Jahël fonctionnait. La seule chose qui, de son avis, en faisait un drame, c’était que la mort par empoisonnement, ce n’était pas assez sexy. Dans le sens, pas assez ensanglantée. Pas assez beau. Pas assez excitant. Aucuns intérêts. D’ailleurs, Jahël ne connaissait pas la fin de l’enquête qui a été menée. Qui fut l’assassin ? Sans doute les Jadois. En tout cas, ce qui était sûr, c’est que ce n’était pas Jahël. Si Jahël voulait assassiner quelqu’un, ce ne serait pas par empoisonnement. Ce serait quelque chose de beau, quelque chose de grandiose. La personne mourrait dans un geyser de sang apocalyptique, les os en bouillie avec juste la tête de laisser intact pour pouvoir contempler à jamais son expression de douleur à jamais figer : gueule béante et yeux exorbités. Si un jour, quelqu’un voit une tête de ce genre dans une mare de sang, d’organes en bouillie et d’os vaguement raccordés, c’est que Jahël était passé par là.
Autant dire que les possibles soupçons qui auraient pu être soulevés concernant l’implication du Chevalier au meurtre de l’Impératrice furent rapidement balayés. C’était loin d’être la marque de fabrique du blanc. Et, malgré la bibliothèque qu’il avait dans le crâne, il était loin d’être assez intelligent pour masquer ses meurtres en changeant de méthode. Il n’avait pas envie de changer de méthodes, au contraire, il voulait qu’on le reconnaisse comme cela, même si la gloire et le prestige n’a jamais fait parti de ses objectifs de vie.

Ah, si, il y a peut-être une chose qui était bien parmi tous ses changements. Il avait l’impression, bien que cela ne soit pas dit explicitement, que Cybard lui permettait de pouvoir faire plus de… hm… dégâts. Lui donner plus de libertés dans sa folie. C’est que à un moment une personne était venue se plaindre récemment du comportement de Jahël à l’Empereur, et l’Empereur avait laissé passer. Ce fut quelque peu étrange, mais, bien évidemment, Jahël en avait saisi l’opportunité pour voir jusqu’où il pouvait aller. Il ferait graduellement évidemment. Il n’empêche qu’il avait du mal à se situer maintenant. D’un côté on lui demandait de se retenir, dans l’Ordre, histoire de ne pas tuer tous les apprentis et de se mettre à dos tous les Chevaliers. De l’autre, c’était comme s’il avait carte blanche pour faire tout ce qui lui passer par la tête. Il se demandait même s’il avait la possibilité de s’en prendre à son propre peuple.
Ce qui est sûr, c’est que tout cela excitait bien trop sa folie. C’était… dangereux. Oh bien entendu, il avait apprit à se retenir quand il en avait envie. Notamment dans l’Ordre, il savait qu’il ne pouvait pas trop en faire. Il évitait de toucher aux enfants, surtout les plus jeunes, quant aux écuyers… eh bien, il se retenait d’en faire de la charpie. Après tout, on voulait renforcer les rangs des Chevaliers, pas avoir un bouillon d’écuyer à manger le soir au souper.
C’est pourquoi... il se sentait encore plus tirailler. A la longue, il allait finir par développer une double personnalité bien distincte. L’on pourrait penser qu’il en a déjà une, mais non, là c’est plus un changement d’humeur qu’une double personnalité. Puisqu’en soit… ces deux facettes ont la même personnalité.
Avoir une double personnalité n’intéressait pas Jahël. Oui il avait conscience de cela, quand même, il n’était pas des plus intelligents mais il n’en restait pas moins quelqu’un de futé et d’observateur. Pourquoi cela ne l’intéressait pas ? Car cela lui donnera une impression de perte de contrôle si un « autre » prenait les rennes de son corps. Et c’était une idée particulièrement déplaisante. Alors il tentait à tout prix de chercher un équilibre… mais c’était si difficile. Entre l’un soufflant le sang et la violence, et l’autre la retenue.
S’en était… rageant.

« Pitié, non, ne faites pas ça ! »

Ne lui répondit que le rire moitié sadique moitié fou du Chevalier alors qu’il avait décidé d’utiliser une méthode un peu plus manuelle pour éventrer sa victime. C’était relativement rare que Jahël n’utilise pas son pouvoir pour faire le sale boulot à sa place. Seulement là, il ne saurait dire pourquoi, il était énervé, frustré. Il avait envie de sentir sous ses doigts la chair tendre, de la déchirer avec ses ongles, de forcer sur les os, de tirer sur les nerfs. Sur le coup, il avait plus l’air d’un animal enragé, recouvert de sang, souriant jusqu’aux oreilles, le tout agrémenté en quelques occasions d’un rire à faire froid dans le dos.
Et puis, il rendu l’âme.
Le silence. Le silence assourdissait Jahël.
Il se releva, observa ses vêtements recouverts de sang, puis son carnage. Il y avait eut en tout 5 petits péquenauds qui ont subis sa folie meurtrière. Il doit bien y avoir une raison pour qu’il décide de les trucider, tu te dis sans doute, cher lecteur. Et bien non, pas vraiment. C’était des nomades du Désert venus faire escale à Zénor – car Jahël se trouvait actuellement à Zénor non loin de la frontière justement – et ils ont demandé leur chemin au Chevalier.
Grand mal leur en a prit.
Un spectacle ensanglanté et répugnant comme celui-ci aurait du ravir notre homme en blanc – et rouge du coup – pourtant il ne ressentait rien. Il se demandait bien ce qu’il pouvait avoir. Une dépression, peut-être ? Avec tous ses changements, il ne serait pas étonnant qu’il soit assez perturbé pour ne plus vraiment savoir quoi faire ni quoi ressentir. Il soupira. Il fallait sans doute nettoyer maintenant.
Mais il n’en avait pas envie. Alors il ne le fit pas.
Partant de la scène d’horreur, il passa dans une rivière tout habillé – chose qu’il détestait faire d’ordinaire – pour enlever le surplus de sang. Maintenant, ses vêtements blancs avaient des tâches roses ici et là. C’était un style comme un autre. Malgré le fait qu’il était proche du Désert, il trouva la rivière froide.
Il soupira. Il n’avait pas envie de retourner dans la chambre qu’il avait réservée pour pouvoir rester sur Zénor. Il avait encore moins envie de retourner sur Irianeth. Etrange non ? Il n’avait pas envie de rester sur Irianeth, préférant vaquer entre les colonies. Il faut dire qu’il y avait plus d’actions par ici. Plus de bandits à tuer, de possibles rebelles, et ainsi de suite. Sur le continent noir, c’était si calme…
Sans s’en rendre compte réellement, Jahël se retrouva devant une bâtisse. C’était une immense bâtisse faite de bois dans un style très naturel et pittoresque, avec des plantes grimpantes sur les murs et autres plantes un peu partout dans l’allée. Sans savoir trop pourquoi, il décida d’y entrer.

« Bonjour ! » s’exclama ce qui semblait être le maitre des lieux. « Bienvenu au Kakal’mtoi ! Félicitation, vous êtes notre deuxième client de la journée. Pour vous récompenser, voici une clé d’une chambre de notre bâtisse avec accès exclusif aux sources chaudes. Vous pouvez même demander à vous faire masser, il suffira de nous sommer avec une clochette. Il y en a partout dans la bâtisse. Soyez sans crainte, mon personnel et moi-même savons nous faire discrets, vous ne saurez même pas que nous sommes là ! Profitez bien de votre séjour ! »
« Mais… je n’ai rien demandé. »

Il n’eut même pas le temps de finir sa phrase que le gérant disparu derrière une porte. Jahël se retrouva seul dans la pièce principale, une clé dans la main, une serviette dans l’autre – donnée par le gérant lorsqu’il parla des sources chaudes. A cette pensée, Jahël eut à nouveau un frisson, lui rappelant qu’il avait froid. Il était le deuxième client… en cette saison, ne devrait-il pas y en avoir plus ? Après tout, c’était généralement durant la saison froide que les clients voulaient profiter des sources chaudes. Enfin bon, au vu de l’heure assez tardive de la journée, il doutait qu’il y aurait d’autres clients qui viendraient. C’était sans doute pour cela que le gérant semblait vouloir le garder à tout prix…
Il resta un long moment à tergiverser sur s’il restait ou non. Puis, il finit par céder à la tentation.
Sortant de la bâtisse, il dut marcher quelques mètres avant d’enfin apercevoir les sources chaudes. Du moins, il sentit la chaleur avant de les voir. Le cadre était très champêtre. Les sources étaient assez isolées de la bâtisse, une petite forêt faisant barrière et encadrant les sources qui ont été spécialement aménagées pour recevoir les clients. A la base, c’était des sources naturelles. Les quelques aménagements sont du fait de l’humain, mais ce qui était appréciable était qu’ils n’avaient pas trop modifié l’environnement afin de garder un aspect naturel.
Au final, ce ne serait pas une si mauvaise idée de rester.
Posant la serviette sur un rocher non loin des sources, Jahël commença à se déshabiller lorsqu’il la vit…
Cela lui fit encore une fois le même effet qu’à l’attribution. Il aurait préféré oublier cet évènement, il aurait préféré l’avoir imaginé. Il avait fait en sorte d’éviter Fées afin de ne pas avoir à nouveau cette sensation. Cette sensation d’être là et pas là, d’être lié le plus intimement possible avec elle alors qu’ils ne se connaissaient pas. Cette douce chaleur et cette violence répulsion. Il ne l’avait pas remarqué lorsqu’il s’était approché de la source, et visiblement elle non plus, sans doute plonger dans ses pensées.
Il se passa plusieurs minutes pendant lesquelles, Jahël, à moitié déshabillé, observé la reine des fées complètement nue barboter dans l’eau.
Et puis, alors qu’elle commençait à se retourner en direction de Jahël – avait-elle fini par remarquer une présence indésirable ? – ce fut à ce moment là qu’il se décida à prendre la parole, histoire d’avoir le premier mot et de la surprendre un peu.

« Qui aurait cru qu’une reine de Fées viendrait dans les eaux de Zénor. » Il eut un sourire. C’était loin d’être le sourire niais qu’il avait pu arborer au moment de l’attribution. C’était presque… presque un sourire mature. Et sournois. Puis, penchant la tête de côté comme il avait l’habitude de faire lorsqu’il était curieux : « Tu es venue pour mourir finalement ? » Songeur, il finit de se déshabiller sans aucunes gènes, laissant parfaitement libre ses parties génitales, avant de commencer à rentrer dans l’eau pour se rapprocher d’Aurore. « Je l’ai jamais fais dans l’eau. Tu veux bien être ma première ? »


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Mer 18 Sep 2019, 12:18
Les yeux fermés, soulagée par la chaleur de l’eau, Aurore se sentait bien, pour la première fois depuis son entrevue avec l’Empereur Cybard il y a un an et un mois de cela. Elle commençait à se dire que son idée de se rendre dans la fameuse maison Kakal’mtoi, connue pour ses sources chaudes, était la meilleure de ses décisions récentes… Ce désir de se faire du bien était venue à la souveraine féerique lors d’une journée des plus banales. Toujours autant surveillée par la "nounou" de l’Empereur, elle avait d’abord effectuée du mieux qu’elle pouvait les tâches que lui imposaient son statut de Reine, avant de décider de se dégourdir les ailes en voletant dans son château. Seulement, inconsciemment, ses ailes la dirigèrent vers la chambre qu’occupait sa sœur Lily-Anna par le passé, et elle ne s’en rendit compte que lorsqu’elle fut finalement arrivé à destination. Constatant le silence qui pesait dans la pièce et se rappelant du pourquoi du comment de la chose, Aurore sentit le chagrin l’envahir d’un seul coup. Mais, ne souhaitant pas transmettre une image de souveraine faible, ce qu’elle n’était de toute façon pas, elle retint ses larmes et se tourna vers le soldat d’Irianeth pour lui annoncer qu’elle se rendait à Zénor dans l’heure. Bien entendu, ce dernier lui proposa de l’accompagner – ou, devrais-je dire, s’imposa à elle… – mais la Boréal ne s’en formalisa pas. Elle savait que, de toute façon, elle n’avait pas le choix…

Et c’est ainsi que, quelques jours plus tard, après un voyage sans événement notable, la petite troupe arriva devant une bâtisse en bois décorée de nombreuses plantes sur les murs et dans les allées. Un homme, qui semblait avoir reconnu le nez imposant de sa première cliente de la journée, s’approcha alors avec un sourire du duo et fit une révérence des plus respectueuse, avant de s’emparer de la main d’Aurore pour lui offrir un baise-main. En même temps, il avait prit la parole :  

« Bienvenue dans l’humble maison Kakal’mtoi, Majesté ! Je suppose que, si vous êtes ici, c’est pour passer quelque temps chez nous ! Voici donc la clé d’une des chambres de notre bâtisse, vous permettant également d’accéder aux sources chaudes. Vous pourrez aussi vous faire masser, il vous suffira de sonner avec une clochette. En espérant que votre séjour se passe dans les meilleures conditions, Majesté ! »

Une fois cette petite tirade terminée, le maître des lieux se redressa et Aurore lui adressa un simple signe de tête. Puis, l’homme parti, elle lança un regard lourd de sens à sa "nounou", qui finit par s’éloigner, ayant sûrement dans l’idée de trouver une auberge non loin en attendant que la souveraine décide de quitter le Royaume de Zénor. Peut être le soldat pensait-il qu’il n’y avait aucun risque de trahison dans un bâtiment comme celui-ci, ou peut être qu’il ne souhaitait tout simplement pas se retrouver face à une Aurore dévêtue, toujours est-il que la Reine des Fées fut laissée seule et libre de ses mouvements. Liberté dont elle tira profit immédiatement en se rendant directement dans les sources chaudes.

Pendant de nombreuses minutes, si ce n’est pas de nombreuses heures, la jeune femme-ailée aux cheveux colorés se prélassa dans l’eau, alternant entre des moments de nage et des moments où elle se laissait envahir par ses pensées. Sa tranquillité finit cependant par être quelque peu bouleversée par l’arrivée importune d’un élément perturbateur. En effet, alors qu’elle se retournait pour effectuer de nouveaux mouvements de brasse, une voix fit sursauter Aurore. Cette voix, la Reine des Fées la connaissait… Cette voix, la Reine des Fées l’avait déjà entendue… Un simple regard dans la direction d’où venait la voix lui confirma ce qu’elle pensait. Jahël, le chevalier Jahël, son âme-sœur, se tenait debout, complètement nu, sur les bords des sources chaudes. Par réflexe, bien qu’elle ne sache pas vraiment s’il avait un quelconque intérêt pour son corps, vu les paroles qu’il venait de sortir, la souveraine féerique s’enfonça alors dans l’eau, ne laissant dépasser que son visage, puis se décida enfin à répondre à ce… ce perturbateur.

« Bonjour, chevalier Jahël ! Pour votre gouverne, sachez que cet établissement est reconnu dans tout Enkidiev pour ses sources chaudes… Il n’est donc pas étonnant que je me décide à m’y rendre. Je suis une femme appréciant les bonnes choses, après tout ! » Aurore avait tentée d’être le plus poli possible en s’adressant au Chevalier, mais quelque chose dans son ton signifiait bien qu’il n’était pas le bienvenue. Sensation sûrement encore plus présente dans la suite de ses paroles : « Et il me semble vous avoir déjà interdit de me toucher ! Que ce soit pour me tuer ou pour… autre chose, je vous L’INTERDIS ! »

Une fois les choses mises au clair – ou du moins l’espérait-elle –, la Reine des Fées se mit à nager jusqu’à l’autre bout des sources, cherchant à mettre le plus de distance possible entre elle et Jahël. Elle espérait que, ainsi, le Chevalier brillant comprendrait qu’elle préférait rester seule, et qu’il était donc temps pour lui de partir. Mais, après tout, avec Jahël, on n’était jamais sûr de rien…
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Ven 27 Sep 2019, 12:49
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- An 1577 MOIS 1 -



Jahël avait posé un pied dans l’eau de la source. Le contact avec la chaleur fut brutale, soudaine, Jahël eut un temps d’arrêt bien malgré lui. Puis, la brûlure du chaud fit lentement place à ce réconfortant bien-être. Un seul pied dans l’eau et ce fut comme si la chaleur remontait le long de sa jambe pour réchauffer son corps en entier, lui arrachant des petits frissons discrets, ses poils se hérissant presque agréablement. Le chevalier ne se fit pas prier pour mettre son autre pied, non sans évidemment l’avoir essuyer quelque peu sur une roche faisant parti de la délimitation de la source, afin d’enlever le plus de brindilles et de terre pour laisser l’eau la plus saine et propre possible. Il avait fait la même chose avec son premier pied bien évidemment. Puis, il plongea son pied, lui arrachant à nouveau des frissons de plaisir au contact de la chaleur. Cela lui rappela son bain de courte durée dans une rivière bien plus froide afin de s’enlever le sang qu’il avait fait couler, quelques minutes plus tôt, et il se demanda sur le coup ce qui avait bien pu lui traverser l’esprit. Ce n’est pas comme si le peuple d’Irianeth n’était pas habitué à le voir arriver ensanglanté de la tête au pied. Pourtant, il avait prit la peine de plonger tout habillé dans une eau glacée – d’ailleurs ses vêtements étaient désormais étendus sur des branches basses des arbres non loin afin de sécher. Cela lui démontrait bien qu’il n’avait plus toute sa tête ces temps-ci – bien que beaucoup diraient qu’il n’a jamais toute sa tête. On va dire qu’il n’a plus toute sa tête comparé à son état habituel. Voilà, c’était plus parlant. Car, Jahël était de ses gens qui n’aimaient pas trop le froid. Enfin. Il était compliqué comme garçon. Il détestait le soleil car cela lui provoquait des brûlures, et il aimait l’hiver, mais il n’aimait pas quand c’était trop froid. En gros. Jahël faisait parti de ses gens qui n’étaient jamais contents. Voilà.
Le Chevalier resta quelques secondes avec seulement les pieds dans l’eau pour en apprécier la fugacité avant de finalement se décider à descendre un peu plus bas. Lentement, prenant tout son temps pour bien ressentir les sensations que provoquaient en lui le contact progressif entre l’eau chaude et sa peau glacée. D’abord la surprise agrémentée de frisson, puis l’appréciation appelant à la détente de ses muscles. Après un bon massacre, rien n’était mieux que de plonger dans une source chaude. Jahël sentait déjà les muscles de ses cuisses – oui il était désormais jusqu’à ses cuisses – se détendre petit à petit, comme s’ils avaient été tendu comme un string jusqu’à maintenant.
Ah, mais, j’en oublierai presque que Jahël n’était pas seul dans cette jolie mare. La Fée s’était mise à cacher son corps sous l’eau… sauf que son corps était bien le dernier des intérêts de Jahël. Les seules choses qui pouvaient intéresser son regard étaient ses cheveux particuliers que Jahël se demandait encore comment il était possible d’avoir autant de couleurs dans ses cheveux – c’était sans doute à cause d’une caractéristique de Fée, ce ne pouvait être quelque chose qu’un humain lambda pouvait avoir – et ses ailes. Ah ! Les ailes. Jahël avait un attrait particulier pour les ailes, que ce soit envers les Qucspasseribus ou les Fées. Il faut dire qu’à partir du moment où la personne avait un trait particulier, cela attrait immanquablement Jahël. Ce peut être des yeux, ce peut être des cheveux, ce peut être de la peau… de la fourrure… ou des ailes. Il avait fortement envie d’arracher les ailes de toutes les Fées et de tous les Qucspasseribus pour en faire une collection privée. Oh, avouons-le, Jahël a déjà un endroit où il entreposait ses divers trophées. Et oui, il avait réussi à choper des ailes de Fée et des ailes de Qucspasseribus – un de chaque, pour être plus précis – et il adorait rentrer dans son jardin secret pour pouvoir les observer. Ah ! C’était vraiment une caserne des horreurs, cet endroit. C’était une bâtisse que Jahël avait acheté, qui lui appartenait tout entière, et où personne ne vivait. Il y avait bien une chambre, une cuisine et des latrines. Mais cette maison n’était pas faite pour y vivre. C’était… vraiment… son jardin secret où personne n’avait le droit d’aller.
Pour en revenir aux ailes, Jahël trouvait fascinant le fait qu’il y avait autant d’ailes différentes que d’être, que ce soit chez les Qucspasseribus ou chez les Fées. Et il avait envie de toutes les collectionner. Ah, exception faite concernant les Qucspasseribus : il avait également envie de se créer avec leurs ailes des sortes d’assemblage pour pouvoir voler lui-même à l’aide d’action mécanique. Malgré son intelligence, il devait bien avouer que c’était quelque chose qui demandait beaucoup de temps et d’investissement, choses qu’il ne pouvait pas trop avoir à cause de ses devoirs de Chevalier. S’il avait été sorcier, à la limite, cela aurait pu faire parti de ses devoirs en tant qu’objet de recherche. Mais il ne l’était pas. Donc il le faisait durant ses temps libres. Et encore. Durant ses temps libres, souvent, il faisait tout autre chose. Alors cela prenait plus de temps que prévu. Mais au moins il savourait pleinement ce qu’il faisait.

Tout ceci pour dire que le corps d’Aurore ne l’intéressait guère. Pour le moment, sa principale source d’intérêt résidait dans cette eau. Il écouta cependant d’une oreille les réponses de la reine, penchant la tête de côté en fronçant les sourcils, signe qu’il y avait encore des choses qu’il ne comprenait pas. Cela se sentait qu’elle ne voulait pas qu’il soit là, sauf que, si elle connaissait si bien ses sources, elle devrait savoir qu’en plus d’être mixtes, les sources étaient tout publiques – à tout bon payeur. Alors, même si elle avait, vraisemblablement, envie qu’il s’en aille, il n’en avait clairement pas l’envie. Ah ! Il est sans doute inutile de préciser que même si elle avait eut l’autorité de le faire partir, il ne serait pas parti pour autant. Il ne saurait expliquer, mais quelque chose chez Aurore lui donnait tout le temps envie d’être près d’elle – ou au moins dans la même pièce – sans doute à cause de cet étrange lien d’âme-sœur que Ja hël ne comprenait encore moins.
Le Chevalier finit par s’assoir dans l’eau, au bord, faisant en sorte que l’eau lui arrive au niveau du cou. Fermant les yeux pendant de délicieuses secondes, il laissa planer un long silence pendant lequel il ne fit qu’apprécier l’instant présent. Et, d’un bond soudain, il se propulsa en avant, nageant droit en direction d’Aurore en quelques poussées athlétiques. Jahël n’était pas battit comme un grand homme musclé jusqu’à en faire ressortir les veines. Il était relativement petit pour un homme, et assez fin. Cependant, malgré sa finesse, ses muscles n’en restaient pas moins saillants et bien proportionnés, démontrant bien qu’il n’était pas Chevalier pour rien. Et cela fut prouvé une fois de plus lors de cette nage rapide sans pour autant être épuisante. Chaque mouvement était fait pour économiser le plus d’énergie, alliant dextérité et précision, tout en permettant à son corps de se retrouver rapidement à quelques mètres d’Aurore.

« Tu étais si loin, il fallait bien que je me rapproche pour que tu m’entendes, » toujours dans des explications aussi simples qu’innocentes, sans arrière pensée, d’une voix bien plus calme et posée que ce qu’avait pu faire la Fée. Et surtout, comme à son habitude, le vouvoiement n’existe pas. « Mais, je ne comprends pas pourquoi tu sembles croire que je t’ai touché. Je ne t’ai pas touché. Je peux te tuer sans te toucher. Et te faire souffrir aussi, si tu n’aimes pas le contact, je peux faire ça à distance. Mais… » Le regard de Jahël devint soudainement moins innocent, plus dur, plus froid. « Lève encore le ton et je ne me retiendrais pas. » Puis, comme si cela était déjà écarté de son esprit, il reprit son habituel expression enfantine et innocente, non sans s’être rapprocher sans s’en rendre compte lui-même. « Mais, les sources chaudes de Zénor sont pour se détendre, mais à Fée, il doit bien y avoir des trucs pour se détendre ! J’ai entendu dire que la poussière de Fée était euphorisante. Etre dans l’eau ne risque pas de mettre de la poussière de Fée dans l’eau ? Ca fera quoi si je bois l’eau après ? Pourquoi t’as l’air si triste ? »

Au courant de ce qui se tramait chez les Fées à cause de l’Empereur ? Pas le moins du monde. Cela faisait quelques mois pourtant. Mais Jahël ne sait jamais beaucoup intéressé au jeu de politique. Il avait vaguement entendu dire qu’il s’était passé des choses entre l’Empereur et la Reine des Fées, mais de là à en connaître la teneur…


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Sam 28 Sep 2019, 13:06
Contrairement à ce que la Reine des Fées espérait, Jahël ne comprit pas le message silencieux qu’elle avait tenté de faire passer et, plutôt que de quitter les lieux, il commença lentement à entrer dans l’eau. Cependant, bien que cela l’agace quelque peu, Aurore préféra ne pas en tenir compte. Le regard vide, accoudée contre un bord de la source, elle se contenta de l’observer. Mais, rapidement, son esprit quitta les sources et elle arrêta de suivre la progression de son âme-sœur. Au lieu de cela, la souveraine féerique laissa ses pensées se diriger vers son Royaume, où elle ressentait l’absence de sa famille de plus en plus chaque jour, puis vers Pikay, où ses parents, son frère et sa sœur devaient subir une vie à laquelle ils n’étaient que peu habitués – voire pas habitués du tout… Et, comme à chaque fois qu’elle pensait à tout ceci, la tristesse et la culpabilité l’envahirent d’un seul coup, faisant couler quelques petites larmes le long de ses joues.
Mais, heureusement, cette fois-là, la chaleur de l’eau et le calme des lieux soulagèrent plutôt rapidement la Boréal et, sans vraiment qu’elle ne comprenne pourquoi, son sentiment de culpabilité disparut petit à petit. Calmée, donc, elle ferma les yeux en soupirant et se laissa envahir par la sérénité ambiante. Aurore en avait presque oublié la présence de Jahël dans les sources chaudes, et elle était même prête à s’endormir.

Cependant, le destin en décida autrement puisque, une nouvelle fois, la voix du Chevalier se fit entendre, la tirant de ses pensées. La souveraine ailée, qui, comme je vous le disais précédemment, avait oublié sa présence à ses côtés, ouvrit les yeux en sursautant. Elle laissa son regard parcourir les sources, cherchant à savoir où se trouvait son interlocuteur, avant de l’apercevoir et de se mettre à soupirer. En reconnaissant Jahël, elle réalisa que son comportement devait lui sembler idiot, puisqu’il s’était déjà annoncé quelques instants plus tôt, et qu’il devait se dire que sa mémoire était courte, si elle avait déjà oublié cela… Cependant, Aurore reprit rapidement contenance et, bien que cela aurait probablement pour effet de découvrir sa poitrine, elle se redressa légèrement pour tenter de faire face à l’Avandey – bien que la tâche soit des plus ardues, puisqu’elle était plus petite que lui. Une fois que ceci fut fait, elle prit quelques secondes pour assimiler toutes les paroles du Chevalier, puis tenta de répondre à toutes ses questions.

« Vous savez, Jahël, je ne suis pas sourde, je vous aurais entendu même si vous ne vous étiez pas déplacé… » Et de un commentaire, passons au suivant : « Ensuite… Vous ne m’avez peut-être pas touché, mais vous sembliez avoir envie de le faire. En tout cas, à ce que je comprends, vous avez envie de me faire du mal, et je n’accepte pas cela ! » Aurore n’avait pas haussé le ton, mais elle n’avait pas non plus parlé comme si elle s’adressait à un ami… Jahël devait maintenant avoir compris que s’en prendre à elle serait dangereux… « Pour ce qui est de vos questions, sachez que je ne suis pas restée à Fée pour éviter de croiser des têtes connues. Quant à la poussière de Fée, je ne sais pas qui vous a dit cela mais il ne me semble pas qu’elle soit euphorisante ! Et elle ne tombe pas des ailes des Fées sans raison, être dans l’eau n’en fera donc pas tomber et vous pouvez boire autant que vous le voulez ! »

Aussi étrange que cela puisse paraître, Aurore avait répondu à toutes les questions que lui avaient posé Jahël. En temps normal, elle n’aurait répondu qu’à ce qu’elle jugeait utile, ignorant les questions idiotes ou inutiles, mais, cette fois-ci, elle avait décidé de satisfaire la curiosité de son âme-sœur. Peut-être espérait-elle qu’ainsi, le Chevalier finirait par partir et qu’elle serait enfin tranquille ? Toujours est-il qu’elle avait répondu à toutes les questions. Ou plutôt, à la majorité… Mais, si la Reine des Fées n’avait pas expliqué les raisons de sa tristesse, c’était par choix. Elle doutait que Jahël soit intéressé par des histoires politiques comme celle-ci. Et puis, de toute façon, elle n’allait pas raconter sa vie au premier inconnu venu, si ?

« Quant aux raisons de ma tristesse, je doute que cela vous intéresse, mais soit ! Ma famille est à Pikay contre sa volonté, suite à une décision de l’Empereur, et je n’ai que peu d’occasions de les voir… Ils me manquent énormément, vous comprenez ? »

Pourtant, contre toute attente, Aurore avait bien tout raconté à son âme-sœur… Au départ, elle ne souhaitait pas lui parler de cela, et quelques minutes s’étaient ainsi écoulées avant qu’elle ne prenne finalement la parole. Mais, finalement, elle avait été prise d’un besoin de se confier et, comme Jahël était la seule personne présente à ses côtés, elle lui avait tout raconté… Elle s’était rapprochée encore un peu plus du Chevalier, sans vraiment s’en rendre compte, puis, baissant les yeux, elle avait prononcé les mots que je vous rapportait plus tôt…
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